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Fév

Autopartage, voitures autonomes, smart cities : le parking remis en question

Avec les autoroutes, les parkings sont sans doute les symboles urbains de la dominance de la mobilité automobile. Mais aujourd’hui ils comment à poser problème, aussi bien du point de vue esthétique, environnemental ou économique. Leur mise en place entraîne en effet une augmentation des loyers et des impôts pour les habitants, qu’ils possèdent un véhicule ou non. Les urbanistes envisagent aujourd’hui cependant de nouvelles solutions afin de ralentir voire d’arrêter à long terme le processus de construction qui était jusque là impressionnant.

parking de demain

Cette nouvelle ère, où l’espace dédié aux parkings peut être réduit par les municipalités, est possible majoritairement grâce à deux changements. Le premier étant les nouvelles habitudes de mobilité des citadins : vivant de plus en plus au centre des villes ils optent plutôt pour les transports en commun ou l’autopartage au détriment de la propriété d’un véhicule. Le deuxième changement est dû aux innovations technologiques, avec l’émergence rapide des voitures sans conducteurs, qui en se développant supprimerait en conséquence des millions de véhicules de la circulation : taxis, camionnettes de transporteurs…

ville du futur

C’est au niveau de l’urbanisme que les divers impacts de ces avancées pourraient être très bénéfiques. Nous avions déjà évoqués les nombreux avantages de l’autopartage pour les collectivités. L’autonomisation de la conduite fluidifierait aussi à plus long terme le trafic de manière conséquente. Plus besoin de chercher une place, le véhicule allant d’un point A à un point B de manière discontinue et pouvant fonctionner sur de longues plages horaires sans s’arrêter. Selon Kara Kockelman, une professeur d’ingénierie du transport à l’Université du Texas, si une ville se convertissait entièrement aux véhicules autonomes le besoin en terme de parkings serait réduit de 90%. Comme un passage à un système de taxis robotisés, qui iraient se garer lorsque inutilisés dans des aires dédies en dehors du centre-ville.

« Le parking a été cette vache sacrée que nous ne pouvions pas toucher – mais maintenant nous pouvons ! […] Tous ces parking pourraient disparaître, et après qu’arrive t-il ? Vous débloquez une immense source de valeur. » Gabe Klein, ancien directeur des départements des transports à Chicago et Washington.

La culture du parking, notamment aux Etats-Unis, est très ancrée depuis les années 50, décennie du boom économique pour le secteur automobile. Mais aujourd’hui la domination de la voiture personnelle semble décliner. Les jeunes générations notamment ne veulent plus de longs trajets pour se rendre de leur domicile à leur travail, et privilégie la proximité. La voiture devient moins nécessaire et les transports en commun une alternative séduisante, même pour les personnes aux revenus importants. Le lien direct entre possession d’un véhicule et affirmation d’un statut social semble se dissoudre, tandis que d’autres objets de notre quotidien, comme les smartphones, ont rempli petit à petit cet espace laissé vacant.

Sans attendre la voiture autonome, des solutions sont déjà possibles comme le dit Donald Shoup, un professeur d’urbanisme à l’Université de Los Angeles et auteur de The High Cost of Free Parking. Par exemple une tarification des parkings selon la demande afin de garantir la disponibilité de places et ainsi réduire la recherche exténuante et polluante.

Une approche dynamique du stationnement qui a déjà été testé en 2011 à San Francisco avec des parcmètres connectés et des capteurs au sol. Une étude des données ainsi récoltées permettait d’ajuster les prix en fonction de l’occupation du parking, et le résultat fut concluant avec une réduction des émissions de gaz, une baisse des embouteillages, un gain de temps pour les usagers et même un profit financier pour la ville.

Il ne manque plus qu’à convaincre les habitants, parfois réticents face à ces investissements. Dans le conté de Ventura en Californie les parcmètres sont par exemple des bornes de wifi gratuit.

Une nouvelle esthétique de la ville

Bien plus qu’un changement d’habitudes de mobilité, l’arrivée progressive de la conduite assistée puis autonome va également transformer la manière dont nous concevons nos bâtiments et notre environnement urbain. Selon Amy Korte, designer en chef de la firme d’architecure Arrowstreet Inc. basée à Boston cette évolution va permettre de créer des parkings plus performants et productifs, notamment grâce à la précision des voitures automatisées. Tout cela s’accompagnera d’une augmentation de la propriété partagée de véhicule : d’ici 2035 la demande en terme de parking pourrait ainsi décliner de 5,7 milliards de dollars.

parking véhicules autonomes

lucy wang

Image © Lucy Wang pour www.inhabitat.com

Certaines grandes villes ont déjà entamé ce processus de « reconquête » de l’espace urbain. C’est le cas de Séoul dès le début des années 2000 : la ville décida de détruire une autoroute suspendue pour la transformer en parc, créant ainsi un couloir vert très apprécié des habitants et touristes. La température en période estivale a même baissé de 9 degrés Fahrenheit, les habitants bénéficiant ainsi de l’immense réduction des émissions de gaz ! Suite à cela la ville a constaté une baisse naturelle de l’usage de la voiture personnelle au profit de moyens de mobilité alternative.

Et habitants comme touristes sont demandeurs de ce type de projet de transformation : à New York le projet de la High Line à Manhattan, une ancienne voie de chemin de fer suspendue transformée en un magnifique parc a attiré 6,2 millions de visiteurs en 2014, dont 2 millions de locaux !

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Crédit photo http://www.weekadvisor.com/green-side-nyc-high-line-park/

En France, dans le cadre du concours Réinventer Paris le projet Mille arbres porté par Sou Fujimoto et Manal Rachdi (Agence Oxo) est également intéressant. En quoi consisterait-il ? Transformer un immense terrain de 55 000m2, aujourd’hui notamment occupé sur 6450m2 par un parc de stationnement pour autocars et un parking, afin de le transformer en village suspendu et végétal traversant le boulevard périphérique parisien.

Une emprise minimale sur le sol alliée à une formidable poussée verticale offrant au public des immeubles d’habitation, des bureaux, restaurants…

Le projet des parklets, initié à San Francisco puis reproduit dans plusieurs villes dans le monde entier, est également porteur d’espoir : les propriétaires de biens immobiliers ou de magasins peuvent demander une autorisation afin de transformer leurs places de stationnements en petit parc accessible à tous. Des actions à caractère citoyen démontrant l’envie des collectivités à redonner un potentiel inouï aux places de 2,5 mètres sur 5 mètres. Repenser notre rapport aux déplacements grâce à des solutions d’autopartage et d’écomobilité c’est aussi participer à construire la ville de demain.

Laura Didelot

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