Tag: empreinte carbone

14
Déc

Mobilité des salariés : des enjeux encore sous-estimés par les entreprises

Bien que la mobilité liée au travail soit l’un des piliers de notre mode de vie contemporain les entreprises ont encore du mal à cerner les attentes et besoins des salariés au quotidien en matière de déplacement. Pourtant, celles-ci ont un rôle fondamental à jouer alors que la notion même de travail est en train d’évoluer.

Une étude du Forum Vies Mobiles, réalisée par l’IAE de Paris (l’Institut d’Administration des Entreprises) auprès de 340 DRH, permet de mettre en parallèle vision des entreprises et réalité des employés.

Des impacts écologiques et sociologiques minimisés

 

Il ressort tout d’abord de cette étude une incompréhension du terme « mobilité des salariés ». Pour beaucoup d’entreprises celle-ci reste liée au changement de poste, et non sur les déplacements quotidiens et leurs conséquences sur la vie personnelle d’un employé.

Les entreprises attendent en priorité des retombées économiques lors de la mise en place d’une politique de gestion des déplacements : l’amélioration de la productivité est le point plus important pour 78% des interrogés, contre 28% pour la réduction de l’empreinte carbone.

Du point de vue individuel, les risques de burn-out ou de problèmes familiaux liés aux déplacements trop nombreux ou trop longs ne sont pas pris en compte par 50% des entreprises. Néanmoins, 70% d’entre elles se disent prêtes à considérer ces éléments dans leur politique de gestion. Ainsi, le problème de l’uniformité des solution ressort, les besoins de chacun n’étant pas détectés.

Limiter plutôt qu’améliorer les déplacements : quelle place pour le numérique ?

Les enjeux sociaux mais aussi environnementaux sont souvent écartés, et les dirigeants préfèrent miser sur l’utilisation d’outils numériques (69%) plutôt que la mise en place d’offres de transports plus performantes (36%).

Généraliser les outils numériques permettrait notamment le développement du télétravail (53% des interrogés considère le télétravail comme un outil intéressant), mais tout cela a des limites, notamment une mise en place longue et non généralisable à tous les secteurs d’activité (restauration, services à la personne…). Des questions managériales se posent également, le travail à distance nécessitant un suivi accru et donc un travail d’encadrement plus important.

Bien que facilitant certains aspects du travail des employés, les outils numériques et le télétravail ne peuvent être la réponse exclusive au problème des déplacements domicile-travail parfois éreintants pour les salariés.

Mobilité des salariés : un enjeu entre sphère professionnelle et pouvoirs publics

 

Tout en désirant l’accompagnement des pouvoirs publics, les entreprises sont encore peu nombreuses à avoir mis en place un Plan de déplacement d’entreprises (PDE). Une explication serait la difficulté à comprendre les actions publiques locales et le manque d’un guichet unique en matière de mobilité qui permettrait de centraliser et faciliter les démarches nécessaires. Les offres de transports alternatifs, comme les vélos en ville, ne sont également pas souvent pensées à destination des entreprises. Un manque à gagner pour les pouvoirs publics, qui pourraient grandement bénéficier de ces nouveaux usages.

Le problème des transports saturés est en effet plus que jamais d’actualité, surtout dans les métropoles, comme nous le rappelle la dernière étude de l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Ile de France. La relation entre emploi et mobilité doit se repenser au delà de la sphère professionnelle pour évoluer. En effet, de plus en plus de Franciliens optent pour des modes de déplacement alternatifs, comme les transports collectifs, et des solutions doivent ainsi être pensées afin de faire face à une saturation grandissante des réseaux publics. Une autre conséquence, également due au climat économique actuel, est la croissance fulgurante des non-salariés (travailleurs indépendants) depuis une dizaine d’années en région parisienne.

Selon un essai sur l’harmonisation des horaires de travail pour un grand nombre d’actifs, «les déplacements domicile-travail sont un moment particulièrement pénible et de plus en plus mal vécu dans une société où la quête de l’optimisation est renforcé par l’usage des technologies d’information et de communication ».

Chaque jour, on comptabilise plus de 41 millions de déplacements en région parisienne, dont 12 millions de trajets domicile-travail. D’où la nécessité urgente de penser autrement la mobilité des salariés. L’une des initiatives encouragées par la SNCF est l’adoption par les entreprises et employés d’horaires décalées afin d’éviter les horaires de pointes.

Celle-ci avait été expérimentée en Seine-Saint-Denis, où une personne sur 4 met plus d’une heure à se rendre à son travail, et des discussions ont été engagées entre le groupe ferroviaire et le Medef Ile-de-France afin de l’étendre à d’autres villes. Un partenariat entre secteur public et privé qui bénéficierait aux différents acteurs et plus généralement aux usagers, et qui permettrait de mieux répondre aux nouvelles modalités de travail et de mobilité.

Une des premières expériences du type a été réalisée en 2012 à Rennes, en décalant les horaires des cours de l’Université Rennes 2 pour réduire l’affluence à la station Villejean. Celle-ci avait permis de faire baisser le trafic de 10% sur la tranche horaire la plus chargée.

Articles du même sujet

09
Fév

Autopartage et covoiturage : Des pratiques qui réduisent l’empreinte carbone ?

De l’économie du partage à la transition écologique : encore faut-il le vouloir ! Titrait le blog de la consommation collaborative au sujet de l’étude de l’IDDRI Economie du partage : enjeux et opportunités pour la transition écologique. Si le constat de l’étude démontrait que le postulat n’est pas si évident, il apparaît pourtant que certaines pratiques soulignent une réalité bien concrète !

Le cas du covoiturage

500 000 tonnes de CO2 économisées depuis le lancement du site de covoiturage BlablaCar. C’est en tout cas le chiffre dévoilé par l’entreprise en 2012. En effet, depuis 2004, ce ne sont pas moins de 10 millions de trajets qui furent partagés depuis la création de la société ! A noter que cela représente aussi une économie pour les covoitureurs de plus de 180 millions d’euros. L’Ademe propose à ce titre un calculateur de CO2 permettant de comparer selon les modalités de transport que vous choisissez l’impact sur l’environnement (et votre porte-monnaie). Ainsi, sur une distance domicile travail de 30 km, l’on constate que le covoiturage permet d’éviter environ 2 000 kg de CO2 et de réaliser 3105€ par an.

calculatrice CO2 ademe

Côté Autopartage

Une étude menée par l’université de Berkeley composée d’un panel de 9500 individus pratiquant l’autopartage au Canada et aux Usa à mis en avant 2 points essentiels : Une augmentation logique des émissions de C02 pour les foyers ayant accès à l’automobilité pour la première fois via l’autopartage. Cependant cet effet est contrebalancé par les foyers qui diminuent l’utilisation de leurs véhicules personnels et qui abandonnent leurs voitures lorsqu’ils réalisent que d’utiliser un véhicule selon leurs besoins est plus cher que de le posséder. En 2008, une autre étude menée auprès de 6,281 membres d’un service d’autopartage démontrait que les distances de trajets diminuaient de 27%, ce qui au 1er janvier 2013 résultait d’une réduction d’environ 1,7 milliards de kilomètres. Au total, 25% des répondants ont à la suite de cette expérimentation vendus leurs voitures.

Enfin, en France, le bureau de recherche 6T avait mis en avant dans son étude en 2012 que le nombre de foyers ne disposant pas d’une voiture personnelle augmentait de 40% après avoir souscris à un service d’autopartage. Les résultats démontraient aussi qu’un véhicule en autopartage remplacait 9 véhicules personnels de la circulation et libère 8 places de parking. L’étude démontrait enfin que le nombre de kilomètres parcourus par un conducteur diminuait de 41%.

étude autopartage 6t

Articles du même sujet