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21
Mar

Autopartage et vélopartage en Chine : vers une mobilité plus durable et flexible

Développement accéléré de l’urbanisme vert, mesures gouvernementales pour réduire la pollution de l’air, regard tourné vers les énergies renouvelables : autant d’initiatives qui annoncent une période favorable au dynamisme des modes de mobilité alternative en Chine. 


L’autopartage : une solution pour fluidifier le trafic urbain chinois ?


Selon une étude de Stategy&, une succursale de PricewaterhouseCoopers, le nombre de véhicule en autopartage en Chine devrait atteindre 170 000 en 2020. Ce chiffre représente une croissance annuelle de 50% par rapport au 30 000 voitures en activité début 2016. Cette augmentation rentre en écho avec la curiosité des automobilistes chinois vis à vis de ces nouveaux services de mobilité.

L’autopartage en Chine gagne du terrain et séduit pour plusieurs raisons. D’une part pour son potentiel d’amélioration du trafic dans des centres urbains saturés, particulièrement dans les grandes métropoles. D’autre part en se présentant comme une solution au quotat limité de plaques d’immatriculation autorisées à circuler dans les grandes villes chinoises. Une étude réalisée en 2016 par le Centre D’information d’Etat chinois calcule qu’une voiture partagée pourrait en effet remplacer 13 ventes de véhicules.

Le service d’autopartage Car2Go dans la ville de Chongqing

Un marché au très grand potentiel

Un rapport du Ministère des données publiques de sécurité montre que 310 millions d’habitants détiennent un permis de conduire, or le nombre de voitures circulant est de 194 millions. « En un sens, toutes ces personnes ne possédant pas de voiture représentent des clients potentiels pour les services d’autopartage », pointe Bill Peng, un des partenaires de Strategy&.

Selon le rapport de Strategy& partager une voiture, qu’elle soit neuve ou d’occasion, est donc plus économique si l’utilisateur parcourt moins de 5600 kilomètres par an. De plus, la compétition tarifaire est telle que le prix moyen d’un service d’autopartage est de 30 yuan soit à peu près de 4 euros. « La compétition sera d’autant plus féroce d’ici deux ans alors que les services d’autopartage se déploieront progressivement dans des villes plus petites, et que le segment du marché, après son lot de fusions et d’acquisitions, sera dominé par 3 ou 4 compagnies. », conclut Peng.

Véhicule en autopartage du fournisseur Gofun Chuxing

Miser sur les nouvelles énergies et sur l’électrique pour une mobilité plus écologique


Les efforts actuels du gouvernement chinois en matière de transports durables et verts représentent également un levier non négligeable pour l’autopartage dans le pays, grâce à la mise en place progressive de parkings dédiés ainsi que de bornes de recharge. 95% des véhicules partagés fonctionnent aujourd’hui grâce à de nouvelles énergies, et le nombre de flottes émettant peu ou aucunes émissions de carbone devrait augmenter chaque année de 50% dans les cinq années à venir.

Ce dynamisme est indéniablement soutenu par une urbanisation rapide, un usage d’internet grandissant ainsi qu’un nombre très conséquent de nouveaux détenteurs de permis. Un des acteurs du marché, Ezzy, possède par exemple une flotte d’à peu près 500 voitures électriques, que les utilisateurs peuvent déposer dans n’importe quel parking à Pékin.

L’autopartage pour convertir à l’électrique

Le modèle de l’autopartage agit ainsi comme un véritable prescripteur afin d’inscrire durablement les véhicules électriques au cœur de l’économie automobile chinoise : la Chine a ainsi vendu 507 000 véhicules électriques en 2016, ce qui en fait le marché le plus important au niveau mondial. Une des initiatives marquantes est le remplacement des taxis de Pékin par des véhicules électriques, soit une flotte de près de 70 000 véhicules.

L’un des enjeux majeurs réside au niveau des infrastructures de stationnement et de recharges mentionnées plus haut : elles sont en effet encore trop peu développées, face à la croissance soudaine des services d’autopartage. Résoudre ce problème essentiel permettrait de garantir des trajets plus longs en toute sérénité et donc l’adoption des services par une nouvelle catégorie d’usagers, se tournant à l’heure actuelle vers des services de véhicules de tourisme avec chauffeur tels que Didi Chuxing.

Le partage se fait aussi à deux roues !


Bien que le système de transport public en Chine est aujourd’hui meilleur que jamais mieux gérer le trafic en heure de point reste une priorité. C’est là que rentre en jeu les services de vélopartage, se multipliant au sein des grandes métropoles depuis quelques années. Ce moyen de déplacement, véritablement complémentaire à l’autopartage, permet à la fois d’alléger les derniers kilomètres des trajets quotidiens et de participer à l’amélioration de la qualité de l’air.

Système d’ouverture des vélos partagés Ofo

Selon Dai Wei, le fondateur de la compagnie Ofo, près de 400 millions de vélos circulent à l’heure actuelle à travers le pays. Déployé pour la première fois sur le campus de l’Université de Pékin en septembre 2015 le service a été un succès immédiat. « Nous avons aujourd’hui 15 millions d’utilisateurs dans 40 villes, avec plus de 200 millions de trajets effectués. Nous comptons avoir 20 millions de vélos dans les rues cette année dans pas moins de 200 villes », explique Dai. L’usage est des plus simples. En effet, il suffit de scanner un QR code présent sur le vélo ou de rentrer un code grâce à son smartphone et l’utilisateur peut ensuite utiliser le deux roues immédiatement.

L’usage du vélo se réinvente
Mobike bike sharing

Des utilisateurs sur les vélos Mobike

Les déplacements quotidiens à vélos en Chine ne sont pas nouveaux. Le deux roues est depuis longtemps un moyen de transport traditionnel de la classe ouvrière, mais les services de vélopartage remettent celui-ci au goût du jour en y intégrant nouvelles technologies et préoccupations environnementales. Le vélo 2.0 n’a pas fini de faire parler de lui !

Selon BigData-Research, près de 19 millions de personnes ont utilisés des vélos partagés en 2016, et ce nombre devrait atteindre 50 millions d’ici fin 2017 ! Ofo est le plus gros fournisseur avec ses 800 000 vélos jaunes à travers le pays, suivi par Mobike (600 000 vélos). Preuve supplémentaire de ce succès : Ofo a levé début mars près 450 millions de dollars et Mobike 215 millions de dollars en janvier. L’un des cœurs de cible sont les étudiants et les jeunes actifs, beaucoup de stations étant présentes sur les différents campus des grandes villes.

bike sharing china gif

Aujourd’hui les compagnies chinoises de vélopartage ont les yeux rivés vers l’international : Ofo se dirige vers Singapour, Londres et la Silicon Valley. De son côté la start-up Bluegogo s’est installé en janvier dernier à San Francisco. Le potentiel est important : selon le cabinet de consultation Roland Berger le marché pourrait générer jusqu’à 5,3 milliards d’euros d’ici 2020.

Photographies de couverture : Ofo et Evcard

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02
Juin

L’autopartage gagne du terrain

Le cabinet d’études Navigant Research prévoit d’ici 2024 une multiplication par six du revenu global généré par le marché de l’autopartage. Quelles sont les sources et les raisons de cette accélération à venir ?

Une accélération impressionnante

Tandis que les services d’autopartage se sont développés durant les quinze dernières années, on ne peut que constater la mutation que ce marché connaît en ce moment.

En 2014, ce moyen de mobilité s’est implanté sur cinq continents, dans pas moins de trente pays et de centaines de villes. Il est aujourd’hui un acteur important des réflexions autour de la mobilité urbaine et de l’avenir du transport, qu’il soit d’ordre privé ou public, grâce à sa flexibilité et son caractère multi-modal profondément ancré dans l’ère du temps.

Navigant Research anticipe donc que le revenu produit par ce domaine d’activité devrait passer de 1.1 milliard en 2015 à 6.5 milliards en 2024, soit une multiplication par 6. Parmi les raisons de cette croissance inouïe on peut citer le succès des offres « one-way » qui séduisent par une restitution plus facile du véhicule. Une autre donnée importante est la baisse d’intérêt, notamment des jeunes générations, pour la propriété d’un véhicule personnel dont l’entretien est souvent trop coûteux.

carsharing

Néanmoins, les constructeurs automobiles auront leurs cartes à jouer dans la construction de ce marché global de l’autopartage, et ils ont d’ailleurs déjà commencé. La preuve avec les programmes Car2Go de Daimler ou encore Maven lancé il y a quelques mois par General Motors. En mettant en avant leurs technologies, concernant notamment les véhicules électriques, ils pourront ainsi trouver leur place au sein de cette mouvance qui atteint aujourd’hui de nouveaux marchés.

Un regard vers l’Asie : les exemples de la Chine et de la Corée du Sud

Après des années de croissance à double chiffre, le marché de l’automobile chinois, le plus grand au monde, semble enfin ralentir. Une conséquence de la décélération global de l’économie, oui, mais aussi le résultat d’un changement de comportements et d’attitudes des consommateurs envers le bien automobile. C’est ce que démontre une étude publiée en avril dernier par McKinsey. Ainsi, près de la moitié des interrogés considèrent leur véhicule comme une nécessité et non plus comme un signe de statut social.

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L’achat d’une voiture devient donc une option parmi plusieurs moyens de mobilité. Et les services de mobilité connectée connaissent également un succès grandissant. Ces derniers pourraient ainsi réduire de 4 millions les ventes de véhicules privés d’ici 2030, chiffre pouvant être contrebalancé par l’achat de 2 millions de véhicules partagés.

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Autopartage en Chine

En Corée du Sud, le marché de l’autopartage s’est également fortement développé durant ces dernières années. Cette évolution rapide est due en partie à l’usage généralisé des smartphone couplé aux nouveaux usages des jeunes en matière de mobilité. La hausse des coûts de motorisation est un élément déclencheur : selon une étude du Seoul Institute, 85,5% des utilisateurs ont entre 20 et 40 ans. Des usagers majoritairement urbains et aisés, cherchant de nouveaux moyens de se déplacer au sein d’une ville particulièrement dense.

Entre 2012 et 2015, le nombre d’utilisateurs de services d’autopartage est passé de 70 000 à 3 millions ! Le marché coréen pèse aujourd’hui 90 milliards de wons (68 millions d’euros) contre 4 milliards (3 millions d’euros) en 2012. Les deux acteurs principaux de ce marché en pleine expansion sont Socar et Green Car. Mais il n’est nul doute que le fort potentiel de croissance du secteur va attirer d’autres groupes industriels et constructeurs : Hyundai a d’ores et déjà exprimé son envie de se lancer dans le secteur avec des véhicules hybrides et électriques.

– Laura Didelot

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26
Fév

Autopartage en Chine : un marché en pleine croissance

L’autopartage connaît depuis quelques années un véritable engouement de la part des consommateurs mais aussi des entreprises et des collectivités. A ce sujet, vous pouvez retrouver ici l’état de l’art du marché et les chiffres clés. Mais qu’en est-il du plus grand marché automobile de la planète ? Devenue en 2009 le premier marché automobile mondial, la Chine ne cesse d’enregistrer des chiffres spectaculaires sur le secteur de l’automobile. Les ventes de voitures ont à ce titre atteint les 23,49 millions d’automobiles en 2014, alors qu’il y’a à peine 10 ans, son marché était comparable à celui de la Belgique !

nombre voitures chine

Quid de l’autopartage ?

La Chine n’est pas en reste et tend à promouvoir cette pratique de mobilité. En 2012 il n’existait que 2 opérateurs d’autopartage en Chine pour un total de 39 véhicules. Signe de l’évolution rapide du marché, actuellement, le nombre de véhicules autopartagés est estimé à plus de 1000 unités proposées par 5 opérateurs actifs dans les villes de Beijing, Hangzhou, Wuhan, Shenzhen et Changsha. Il existe en outre de nombreuses mesures appliquées dans les principaux centres urbains telles que la mise en place de jours sans voitures, de systèmes de circulation alternée ou encore l’application de forte taxes sur le prix des places de parking visant à réduire la congestion et la pollution générée. Cette batterie d’initiatives dévoile donc un terrain propice à la mise en place et à la croissance rapide de services d’autopartage.

china carsharing

De fait, l’autopartage permettrait aussi de populariser l’utilisation de véhicules électriques si les opérateurs de ces services choississent d’en mettre en place dans leurs flottes. La Chine est en effet un marché difficile à conquérir pour les VE tant le manque d’infrastuctures de recharge couplé à la préférence à l’achat de véhicules thermiques moins chers ont du mal à séduire les automobilistes Chinois. Hangzhou, au sud de Shangai, est problablement la ville de Chine la plus progressiste en terme d’expérimentations à propos de l’autopartage. Il y’a aujourd’hui 5 opérateurs actifs où les coût pratiqués sont en moyenne de 3,25 dollars par heure, donc plus cher qu’un taxi, mais plus flexible et plus pratique en ce sens où les délais d’obtention d’un taxi sont terriblement longs. La ville souhaite ainsi voir d’ici 2018 plus de 100 000 véhicules autopartagés !

La voiture en Chine vecteur du statut social

china carsharingL’autopartage fait face à un obstacle qui nous est bien connu. En effet, la possession de véhicule est un phénomène de masse récent dont l’empreinte sociale est forte. A ce propos, la possession d’un véhicule représente un véritable statut social pour les Chinois et cette tendance s’est confortée depuis plus de 30 ans. La possession d’une voiture offrant une véritable liberté aux classes moyennes Chinoises est ainsi devenue un véritable symbole de l’antithèse de l’éthos collectif de l’ère Mao. Cependant, selon l’institut Roland Berger, il semblerait que le marché de l’autopartage concernant l’empire du milieu devrait croître de 80% par an durant les 5 prochaines années ! Il y’a ainsi de quoi rêver sachant que le nombre de véhicules personnels en Chine est estimé aujourd’hui à plus 120 millions !

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