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01
Juin

Allemagne : l’encouragement à l’autopartage inscrit dans la loi

Depuis longtemps adepte de l’autopartage, l’Allemagne vient de franchir une étape supplémentaire en mars dernier en votant au parlement une loi encourageant l’usage de ce mode de mobilité alternative. Quelles sont les mesures concrètes prévues ? Et quels rôles les collectivités et acteurs privés ont-ils a joué pour assurer leur mise en place ? 


Cette loi, qui deviendra effective dès septembre, confirme le dynamisme et l’attrait pour l’autopartage en Allemagne. Les derniers chiffres comptabilisent près de 150 fournisseurs de services, 1.7 millions d’utilisateurs dans pas moins de 600 villes à travers le pays. Pour se donner une idée plus claire de l’ampleur de cette mobilité un autre chiffre ressort : la flotte allemande de véhicules en autopartage représente la moitié de la flotte européenne  totale !

Bien sûr l’Allemagne s’inscrit dans un phénomène mondial de l’accélération de l’autopartage, avec selon le Boston Consulting Group, un nombre d’utilisateurs passant à près de 35 millions dans le monde d’ici 2021. Mais le pays se distingue par l’étendue de son réseau, l’autopartage étant présent aussi bien dans les grandes que moyennes villes, et par la participation prépondérante des grands constructeurs allemands qui jouent un véritable rôle de prescripteurs. Ainsi BMW avec Drivenow et Daimler avec Car2go ont su investir de manière efficace ce créneau, se détachant de leurs simples statuts de constructeurs pour passer à celui de fournisseurs de services de mobilité.


Des mesures en faveur d’un aménagement urbain spécifique


Parking autopartageLe vote de cette loi a également été motivé, et argumenté, par des préoccupations d’ordre environnemental, participant à la réduction des émissions de gaz et de la congestion sur les routes. Pour soutenir ce mouvement, la loi prévoit la mise en place d’une réglementation des emplacements de stationnement spécifiques aux voitures dédiées à l’autopartage. Les collectivités sont ainsi encouragées à créer un quota de places de parking réservées à cet usage, et les conducteurs pourront également bénéficier d’une réduction des coûts de stationnement.

Pour l’autopartage en boucle, ces emplacements pourront être utilisés par un fournisseur en particulier. En modèle free-floating, ils seront accessibles à tout véhicule faisant partie d’un service d’autopartage. On voit ainsi naître un partenariat entre collectivités locales et acteurs privés du secteur afin de repenser la ville ensemble en favorisant un mode de mobilité bénéficiant à ses habitants.


Un partenariat prometteur à Hambourg


Autopartage Hambourg - BMW

Un exemple concret de ce type de coopération est la mise en place à Hambourg d’un vaste réseau de bornes de recharge pour véhicules électriques et d’emplacements de parking pour véhicules en autopartage et nécessitant une recharge. En complément, la ville vient d’annoncer un partenariat d’envergure avec BMW afin de déployer d’ici 2019 une flotte de 550 véhicules électriques (400 entièrement électriques et 150 hybrides) pouvant être réservés grâce au service DriveNow.

Pour le maire Olaf Scholz il s’agit de combiner l’autopartage connecté avec les solutions de transports publics afin de garantir au voyageur urbain une plus grande flexibilité et facilité de déplacement même durant les heures de pointes, tout en améliorant sa qualité de vie grâce à l’impact positif sur l’environnement.


L’autopartage en France  : un travail en construction 


Ainsi l’autopartage s’inscrit pleinement dans une volonté d’une mobilité plus raisonnée en milieu urbain. L’exemple allemand démontre qu’à travers la mise en place de mesures concrètes et le rapprochement entre pouvoirs publics et acteurs privés cette mobilité alternative peut profondément changé la manière dont nous concevons les déplacements au quotidien. De quoi ouvrir la voie à d’autres pays européens  ?

L’édition 2016 de l’enquête nationale sur l’autopartage réalisée par 6t nous montrait déjà qu’en France un travail de sensibilisation mais aussi un encouragement des pouvoirs publics étaient encore nécessaires afin de débloquer tout le potentiel de ce mode de mobilité. Malgré la mise en place de la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles de janvier 2014 permettant de faire bénéficier des véhicules de flottes ou de particuliers du label «autopartage» ainsi que de places de stationnement dédiées, les mesures prises gagneraient à être davantage déployées afin d’en mesurer l’efficacité plus concrètement.

Les points d’amélioration

L’étendue du réseau des stations est notamment un point d’amélioration, l’autopartage s’installant majoritairement dans les très grandes villes, les villes moyennes ne bénéficiant pas forcément de soutiens ou de mesures spéciales afin de mettre en place ce type de services pour ses habitants. Pourtant une appétence se fait de plus en plus sentir, chez les jeunes générations en premier lieu, sensibles à l’économie collaborative, à la protection de l’environnement et qui sont bien plus adeptes du numérique que de la possession d’un véhicule individuel.

Des partenariats intéressants se profilent, comme l’implication de la RATP dans un service d’autopartage en région parisienne ou plus globalement la volonté de la Société du Grand Paris de miser sur l’intermodalité autour des gares SNCF, où des millions de transiliens transitent chaque jour. Ce terrain d’expérimentation permettra sans doute à long terme d’encourager d’autres villes à se lancer dans cette aventure. De quoi ouvrir une démocratisation et une accessibilité grandissante à l’autopartage.

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29
Mar

Autonomisation et autopartage : un pari gagnant ?

Tandis que l’autopartage se développe de plus en plus et pourrait devenir notre moyen de mobilité privilégié, une autre croissance est à prendre en compte : celle des recherches concernant la conduite autonome.

Selon un rapport récent d’ABI Research plus de 400 millions de personnes pourraient ainsi être usagers de voitures robotisées en 2030. La vice Présidente du cabinet d’analyses, Dominique Bonte, évoque ainsi trois phases de développement dans ce nouveau écosystème de la mobilité partagée :

  • un accès aux services de location direct
  • un accès aux services d’autopartage
  • un accès à des services automatisés

Ainsi la conduite entièrement robotisée et partagée serait l’aboutissement d’un processus déjà entamé dans la nouvelle course à l’innovation automobile et aux mobilités alternatives, étant à la fois disponible, pratique et économique. Oubliées en effet les dépenses liés à la propriété et à l’entretien d’un véhicule.

google podSource : Google’s Pod

La connectivité et les données qui en résultent permettra également une meilleure régulation de la circulation et une politique tarifaire évolutive, selon la demande et l’offre. Cette politique est d’ores et déjà utilisée par Uber, qui adapte ses tarifs selon les pics d’affluence.

Tous ces éléments vont forcément avoir des impacts majeurs sur l’écosystème de la mobilité : baisse des propriétés de véhicules privés, brouillage des frontières entre transports privés et publics, renforcement d’une mobilité essentiellement sociale et apport d’un nouveau regain à l’industrie automobile.

De nouvelles réglementations propices à son développement

Un immense pas vers le développement de la voiture autonome a été réalisé ce mois-ci : le mercredi 23 mars la commission économique des Nations Unies pour l’Europe (UNECE) a en effet annoncé une révision de la Convention de Vienne, texte historique qui régule depuis 1968 la circulation routière. Il est maintenant ajouté que « les systèmes de conduite automatisée seront explicitement autorisés sur les routes, à conditions qu’ils soient conformes aux règlements des Nations Unies sur les véhicules ou qu’ils puissent être contrôlés voire désactivés par le conducteur. »

Tandis que la réglementation évolue concernant les véhicules autonomes et leur conditions de circulation sur nos routes, ce sont également les pouvoirs publics qui se penchent sur la question, à travers les collectivités et leurs agences de transport. Ainsi les technologies autonomes ne toucherait pas seulement la sphère privée, mais seraientt introduites dans la sphère publique afin de transformer notre manière de nous déplacer collectivement. On peut citer l’exemple des WEpods aux Pays-Bas, innovant par le fait qu’ils ne circulent pas sur des voies dédiées mais bel et bien au milieu du trafic urbain.

wepods

Source : WEpods

Ces capsules de transport accueilleront leurs premiers passagers au mois de Mai en direction de l’Université de la province de Gelderland. Une simple réservation depuis une application mobile, et les voilà partis pour un voyage à 25 kilomètres/heure.
Conçu comme un projet open-source, il sera réutilisable et adaptable librement par d’autres entreprises et collectivités selon leurs besoins, et est le véritable résultat d’un partenariat audacieux entre institutions publiques et acteurs privés.

Laura Didelot

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